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jojolepetitsavoyard
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avec ce blog je souhaite partager des extrais de lectures, poèmes, recettes de cuisine, citations
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Date de création :
03.09.2007
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26.06.2008
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Victor Hugo : Océano Nox

Posté le 27.03.2008 par jojolepetitsavoyard
Océano nox

Oh ! combien de marins, combien de capitaines
Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines,
Dans ce morne horizon se sont évanouis !
Combien ont disparu, dure et triste fortune !
Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune,
Sous l'aveugle océan à jamais enfouis !

Combien de patrons morts avec leurs équipages !
L'ouragan de leur vie a pris toutes les pages,
Et d'un souffle il a tout dispersé sur les flots !
Nul ne saura leur fin dans l'abîme plongée.
Chaque vague en passant d'un butin s'est chargée ;
L'une a saisi l'esquif, l'autre les matelots !

Nul ne sait votre sort, pauvres têtes perdues !
Vous roulez à travers les sombres étendues,
Heurtant de vos fronts morts des écueils inconnus.
Oh ! que de vieux parents, qui n'avaient plus qu'un rêve,
Sont morts en attendant tous les jours sur la grève
Ceux qui ne sont pas revenus !

On s'entretient de vous parfois dans les veillées.
Maint joyeux cercle, assis sur des ancres rouillées,
Mêle encore quelque temps vos noms d'ombre couverts
Aux rires, aux refrains, aux récits d'aventures,
Aux baisers qu'on dérobe à vos belles futures,
Tandis que vous dormez dans les goémons verts !

On demande : - Où sont-ils ? sont-ils rois dans quelque île ?
Nous ont-ils délaissés pour un bord plus fertile ?
Puis votre souvenir même est enseveli.
Le corps se perd dans l'eau, le nom dans la mémoire.
Le temps, qui sur toute ombre en verse une plus noire,
Sur le sombre océan jette le sombre oubli.

Bientôt des yeux de tous votre ombre est disparue.
L'un n'a-t-il pas sa barque et l'autre sa charrue ?
Seules, durant ces nuits où l'orage est vainqueur,
Vos veuves aux fronts blancs, lasses de vous attendre,
Parlent encor de vous en remuant la cendre
De leur foyer et de leur cœur !

Et quand la tombe enfin a fermé leur paupière,
Rien ne sait plus vos noms, pas même une humble pierre
Dans l'étroit cimetière où l'écho nous répond,
Pas même un saule vert qui s'effeuille à l'automne,
Pas même la chanson naïve et monotone
Que chante un mendiant à l'angle d'un vieux pont !

Où sont-ils, les marins sombrés dans les nuits noires ?
Ô flots, que vous avez de lugubres histoires !
Flots profonds, redoutés des mères à genoux !
Vous vous les racontez en montant les marées,
Et c'est ce qui vous fait ces voix désespérées
Que vous avez le soir quand vous venez vers nous !


Victor Hugo



--

Ils écoutaient Beethoven dans Stalingrad

Posté le 25.03.2008 par jojolepetitsavoyard
Encore une des dernières lettres envoyées de Stalingrad.

...ILS ECOUTAIENT BEETHOVEN DANS STALINGRAD...

"...Ceci, Margaret, tu dois l'ôter de tes pensées, et l'ôter au plus tôt. Je puis même te conseiller de le faire radicalement, ainsi la désillusion n'en sera que plus mince. Dans chacune de tes lettres, je lis le désir que tu as de me voir bientôt revenir. Un tel souhait n'est pas pour m'étonner car, moi aussi, je l'attends, cet instaznt, passionnément. En vérité, ce n'est pas tant ce désir qui m'inquiète, mais de sentir entre tes lignes s'en glisser un autre : celui d'avoir de nouveau, près de toi, non seulement le mari et l'amant, mais aussi le pianiste, et cela je le sens très clairement.
N'est-ce pas un renversement comique des sentiments de penser que moi, qui devrais être au plus profond désespoir, je me résigne à mon destin, alors que la femme ayant toutes les raisons de lui être reconnaissante de m'avoir prolonger la vie (du moins jusqu'à maintenant !) se révolte contre lui.
J'ai souvent le soupçon que tu m'adresses un reproche silencieux : celui de ne plus être capable de jouer...Comme si j'en étais responsable !...Cela, tu désires le savoir et c'est pourquoi tu insistes si longuement dans tes lettres sur une certitude que j'aurais préféré, de beaucoup, te donner de vive voix. Peut-être est-ce le destin qui veutque notre situation atteigne un degré dans lequel ne peuvent trouver place ni le subterfuge, ni le faux-fuyant...Puisque j'ignore si je pourrai te parler encore une fois, il est préférable que cette lettre te prépare pour le cas où, un jour, j'apparaîtrais...
Mes mains sont foutues, et cela depuis le début de décembre !...A la gauche, manque le petit doigt; mais, ce qui est pire, c'est qu'à la main droite les trois doigts du milieu sont gelés; je ne puis tenir mon quart qu'entre le pouce et le petit doigt...Je me sens presque entièrement sans défense !...C'est lorqu'on a perdu ses doigts qu'on se rend compte combien ils pouvaient vous être utiles, même pour effectuer les plus minimes obligations...Au mieux, je puisencore presser la détente de mon arme avec le petit doigt : mes mains sont foutues...

Joachim du Bellay

Posté le 23.03.2008 par jojolepetitsavoyard
Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage
Ou comme celui-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d’usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge !

Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
Fumer la cheminée ? et en quelle saison
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m’est une province, et beaucoup davantage ?

Plus me plaît le séjour qu’on bâti mes aïeux,
Que des palais romains le front audacieux ;
Plus que le marbre dur me plaît l’ardoise fine.

Plus mon Loire gaulois que le Tibre Latin,
Plus mon petit Lyré que le mont Palatin,
Et plus que l’air marin la douceur angevine.


Joachim du Bellay

La petite voix

Posté le 20.03.2008 par jojolepetitsavoyard
Ce que tu penses, ce que tu fais, et la façon dont tu te conduis peuvent avoir un effet extraordinaire sur l'état du monde. Commence donc dès maintenant à regarder le côté positif de la vie, en cherchant le meilleur dans chaque situation. Si tu regardes assez profondément, tu le trouveras; il est là, mais parfois il est caché au point de sembler perdu.
Sache que toutes choses concourent au bien, pour les âmes qui M'aiment vraiment et Me mettent au premier plan. Ta foi doit être forte et inébranlable. Tu dois vouloir t'accrocher, peu importe combien la situation peut sembler sombre et lourde. Il peut même être nécessaire de la voir empirer avant de s'améliorer. Sache simplement que tout s'accomplira en une vraie perfection, au bon moment, et que tout est entre Mes mains. Prends conscience que JE SUIS partout et en toute chose, qu'il n'existe aucun lieu où JE ne SUIS pas, et que le but ultime est la perfection.


La petite voix
Eileen Caddy

La petite voix

Posté le 18.03.2008 par jojolepetitsavoyard
Lorsque tu déverseras sur l’extérieur amour et compréhension, cela te reviendra au centuple. Lorsque tu déverseras critique et négativité, elles te seront aussi retournées au centuple. Ce qui est tout au fond de toi se reflètera dans ta vie à l’extérieur. Tu ne peux cacher ton insatisfaction, ton déplaisir ou ton malheur, car tôt ou tard cela fera irruption à l’extérieur comme un abcès, et il faudra le percer. Plus vite le poison est évacué, le mieux c’est. La meilleure façon et la plus rapide est de changer toute ton attitude. Remplace ces pensées venimeuses, négatives, critiques, par des pensées de l’amour le plus pur, d’harmonie et de compréhension. Cela peut être fait très vite. Tu n’as pas à te vautrer dans ton malheur et ta dépression. Tu n’as pas à perdre un temps précieux à te désoler sur toi-même. Quand tu veux changer quelque chose à ta situation, tu peux le faire immédiatement. Le changement peut venir en un clin d’œil !

La petite voix
Méditations quotidiennes
Eilen Caddy

Lamennais : L'exilé

Posté le 17.03.2008 par jojolepetitsavoyard
L’Exilé

Il s’en allait errant sur la terre. Que Dieu guide le pauvre exilé !
J’ai passé à travers les peuples et ils m’ont regardé. Je les ai regardés et nous ne sommes point reconnus. L’exilé partout est seul !
Lorsque je voyais au déclin du jour s’élever du creux du vallon la fumée de quelque chaumière, je me disais : heureux celui qui retrouve le soir le foyer domestique et s’y assied au milieu des siens. L’exilé partout est seul !
Ces arbres sont beaux, ces fleurs sont belles, mais ce ne sont point les fleurs ni les arbres de mon pays. Ils ne me disent rien. L’exilé partout est seul !
Ces chants sont doux, mais les tristesses et les joies qu’ils réveillent ne sont ni mes tristesses ni mes joies. L’exilé partout est seul !
On m’a demandé : pourquoi pleurez-vous ? Et quand je l’ai dit, nul n’a pleuré, parce que nul ne me comprenait. L’exilé partout est seul !
J’ai vu des jeunes filles sourire, d’un sourire aussi pur que la brise du matin, à celui que leur amour avait choisi pour époux ; mais aucune ne m’a souri. L’exilé partout est seul !
J’ai vu des vieillards entourés d’enfants, comme l’olivier de ses rejetons, mais aucun de ces vieillards ne m’appelait son fils, aucun de ces enfants ne m’appelait son frère. L’exilé partout est seul !
J’ai vu des jeunes hommes, poitrine contre poitrine, s’étreindre comme s’ils avaient voulu de deux vies n’en faire qu’une ; mais aucun ne m’a serré la main. L’exilé partout est seul !
Pauvre exilé, cesse de gémir ! Tous sont punis comme toi. Tous voient passer et s’évanouir pères, frères, épouses, amis.
La patrie n’est point ici-bas ; l’homme vainement l’y cherche ; ce qu’il prend pour elle n’est qu’un gîte d’une nuit.
Il s’en va errant sur la terre ! Que Dieu guide le pauvre exilé !


Lamennais

Lamartine : L'automne

Posté le 14.03.2008 par jojolepetitsavoyard
L'automne

Salut ! bois couronnés d’un reste de verdure !
Feuillages jaunissants sur les gazons épars !
Salut, derniers beaux jours; Le deuil de la nature
Convient à la douleur et plaît à mes regards.

Je suis d’un pas rêveur le sentier solitaire ;
J’aime à revoir encor, pour la dernière fois,
Ce soleil pâlissant, dont la faible lumière
Perce à peine à mes pieds l’obscurité des bois.

Oui, dans ces jours d’automne où la nature expire,
À ses regards voilés je trouve plus d’attraits :
C’est l’adieu d’un ami, c’est le dernier sourire
Des lèvres que la mort va fermer pour jamais.

Ainsi, prêt à quitter l’horizon de la vie,
Pleurant de mes longs jours l’espoir évanoui,
Je me retourne encore, et d’un regard d’envie
Je contemple ses biens dont je n’ai pas joui.

Terre, soleil, vallons, belle et douce nature,
Je vous dois une larme aux bords de mon tombeau !
L’air est si parfumé ! la lumière est si pure !
Aux regards d’un mourant le soleil est si beau !

Je voudrais maintenant vider jusqu’à la lie
Ce calice mêlé de nectar et de fiel :
Au fond de cette coupe où je buvais la vie,
Peut-être restait-il une goutte de miel !

Peut-être l’avenir me gardait-il encore
Un retour de bonheur dont l’espoir est perdu !
Peut-être dans la foule une âme que j’ignore
Aurait compris mon âme, et m’aurait répondu !…

La fleur tombe en livrant ses parfums au zéphyre ;
À la vie, au soleil, ce sont là ses adieux ;
Moi, je meurs ; et mon âme, au moment qu’elle expire,
S’exhale comme un son triste et mélodieux.


Premières méditations poétiques
Lamartine

Victor Hugo : Demain, dès l'aube

Posté le 13.03.2008 par jojolepetitsavoyard
Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.
J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.
Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.
Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleurs.


Les Contemplations,

Lamartine : Le lac

Posté le 12.03.2008 par jojolepetitsavoyard
Le lac

Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,
Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
Ne pourrons-nous jamais sur l'océan des âges
Jeter l'ancre un seul jour ?

Ô lac ! l'année à peine a fini sa carrière,
Et près des flots chéris qu'elle devait revoir,
Regarde ! je viens seul m'asseoir sur cette pierre
Où tu la vis s'asseoir !

Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes,
Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés,
Ainsi le vent jetait l'écume de tes ondes
Sur ses pieds adorés.

Un soir, t'en souvient-il ? nous voguions en silence ;
On n'entendait au loin, sur l'onde et sous les cieux,
Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence
Tes flots harmonieux.

Tout à coup des accents inconnus à la terre
Du rivage charmé frappèrent les échos ;
Le flot fut attentif, et la voix qui m'est chère
Laissa tomber ces mots :

" Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices !
Suspendez votre cours :
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours !

" Assez de malheureux ici-bas vous implorent,
Coulez, coulez pour eux ;
Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent ;
Oubliez les heureux.

" Mais je demande en vain quelques moments encore,
Le temps m'échappe et fuit ;
Je dis à cette nuit : Sois plus lente ; et l'aurore
Va dissiper la nuit.

" Aimons donc, aimons donc ! de l'heure fugitive,
Hâtons-nous, jouissons !
L'homme n'a point de port, le temps n'a point de rive ;
Il coule, et nous passons ! "

Temps jaloux, se peut-il que ces moments d'ivresse,
Où l'amour à longs flots nous verse le bonheur,
S'envolent loin de nous de la même vitesse
Que les jours de malheur ?

Eh quoi ! n'en pourrons-nous fixer au moins la trace ?
Quoi ! passés pour jamais ! quoi ! tout entiers perdus !
Ce temps qui les donna, ce temps qui les efface,
Ne nous les rendra plus !

Éternité, néant, passé, sombres abîmes,
Que faites-vous des jours que vous engloutissez ?
Parlez : nous rendrez-vous ces extases sublimes
Que vous nous ravissez ?

Ô lac ! rochers muets ! grottes ! forêt obscure !
Vous, que le temps épargne ou qu'il peut rajeunir,
Gardez de cette nuit, gardez, belle nature,
Au moins le souvenir !

Qu'il soit dans ton repos, qu'il soit dans tes orages,
Beau lac, et dans l'aspect de tes riants coteaux,
Et dans ces noirs sapins, et dans ces rocs sauvages
Qui pendent sur tes eaux.

Qu'il soit dans le zéphyr qui frémit et qui passe,
Dans les bruits de tes bords par tes bords répétés,
Dans l'astre au front d'argent qui blanchit ta surface
De ses molles clartés.

Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire,
Que les parfums légers de ton air embaumé,
Que tout ce qu'on entend, l'on voit ou l'on respire,
Tout dise : Ils ont aimé !


Lamartine

Baudelaire : Chant d'automne

Posté le 11.03.2008 par jojolepetitsavoyard
CHANT D'AUTOMNE

Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres ;
Adieu, vive clarté de nos étés trop courts !
J'entends déjà tomber avec des chocs funèbres
Le bois retentissant sur le pavé des cours.

Tout l'hiver va rentrer dans mon être : colère,
Haine, frissons, horreur, labeur dur et forcé,
Et, comme le soleil dans son enfer polaire,
Mon coeur ne sera plus qu'un bloc rouge et glacé.

J'écoute en frémissant chaque bûche qui tombe ;
L'échafaud qu'on bâtit n'a pas d'écho plus sourd.
Mon esprit est pareil à la tour qui succombe
Sous les coups du bélier infatigable et lourd.

Il me semble, bercé par ce choc monotone,
Qu'on cloue en grande hâte un cercueil quelque part.
Pour qui ? - C'était hier l'été ; voici l'automne !
Ce bruit mystérieux sonne comme un départ.

J'aime de vos longs yeux la lumière verdâtre,
Douce beauté, mais tout aujourd'hui m'est amer,
Et rien, ni votre amour, ni le boudoir, ni l'âtre,
Ne me vaut le soleil rayonnant sur la mer.

Et pourtant aimez-moi, tendre coeur ! soyez mère,
Même pour un ingrat, même pour un méchant ;
Amante ou soeur, soyez la douceur éphémère
D'un glorieux automne ou d'un soleil couchant.

Courte tâche ! La tombe attend ; elle est avide !
Ah ! Laissez-moi, mon front posé sur vos genoux,
Goûter, en regrettant l'été blanc et torride,
De l'arrière-saison le rayon jaune et doux !


Les Fleurs du mal
Baudelaire
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