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jojolepetitsavoyard
Description du blog :
avec ce blog je souhaite partager des extrais de lectures, poèmes, recettes de cuisine, citations
Catégorie :
Blog Livre
Date de création :
03.09.2007
Dernière mise à jour :
26.06.2008
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Guillaume Apollinaire: Le pont Mirabeau

Posté le 10.03.2008 par jojolepetitsavoyard
Le pont Mirabeau


Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Et nos amours
Faut-il qu'il m'en souvienne
La joie venait toujours après la peine.

Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure

Les mains dans les mains restons face à face
Tandis que sous
Le pont de nos bras passe
Des éternels regards l'onde si lasse

Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure

L'amour s'en va comme cette eau courante
L'amour s'en va
Comme la vie est lente
Et comme l'Espérance est violente

Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure


Alcools
Guillaume Appolinaire



--

Rimbaud : Le dormeur du val

Posté le 07.03.2008 par jojolepetitsavoyard
LE DORMEUR DU VAL

C’est un trou de verdure où chante une rivière
Accrochant follement aux herbes des haillons
D’argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l’herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.


Rimbaud

André Maurois : Climats

Posté le 06.03.2008 par jojolepetitsavoyard
...Aprés le départ d'Odile ma vie fut très malheureuse. La maisonme semblait si triste que j'avais peine à y rester...J'étais agité par de vagues remords, pourtant je n'avais rien de précis à me reprocher. J'avais épousé Odile que j'aimais, alors que ma famille eût souhaité pour moi des mariages plus brillants; je lui avais été fidèle jusqu'à la soirée avec Misa, et ma brève trahison avait été causé par la sienne....Je commençais à entrevoir une vérité pour moi très nouvelle sur les rapports qui doivent exister entre les hommes et les femmes. Je voyais celles-ci, êtres instables, toujours à la recherche d'une forte direction qui fixerait leurs pensées et leurs désirs errants; peut-être ce besoin créait-il pour l'homme le devoir d'être cette infaillible boussole, ce point fixe. Un grand amour ne suffit pas à détacher l'être qu'on aime si l'on nesait en même temps remplir toute la vie de l'autre d'une richesse sans cesse renouvelée...Les femmes s'attachent naturellement aux hommes dont la vie est un mouvement qui les entraînent dans ce mouvement, qui leur donnent une tâche, qui exigent beaucoup d'elles....Au lieu de comprendre ses gouts, je les avais condamnés; j'avais voulu lui imposer les miens...
Notre destinée est déterminée par un geste,par un mot : au début le plus petit effort suffirait pour l'arr^ter, puis un mécanisme géant est mis en mouvement. Maintenant je sentais que les actes les plus héroïques n'auraient pus faire renaïtre chez Odile l'amour qu'elle avait eu jadis pour moi...


Climats
André Maurois

Rimbaud : Sensation

Posté le 05.03.2008 par jojolepetitsavoyard
SENSATION

Par les soirs bleus d'été, j'irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l'herbe menue :
Rêveur, j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l'amour infini me montera dans l'âme,
Et j'irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature,-heureux comme avec une femme.


Rimbaud

Seul Dieu était absent

Posté le 04.03.2008 par jojolepetitsavoyard
Pour faire suite au billet d'hier voici une autre lettre de Stalingrad.

...SEUL DIEU ETAIT ABSENT...

"...A Stalingrad, le choix de s'en remettre à Dieu signifie en nier l'existence. Ceci, je dois te le dire, mon cher papa, et j'en ai doublement de la peine. Dès lors que maman me fut enlevée, tu m'as toujours élevé avec la présence de Dieu devant les yeux et devant mon âme...C'est pourquoi je regrette deux fois ces paroles, puisqu'elles sont les dernières et qu'après elles je ne pourrai en prononcer d'autres pour me repentir.
Tu es un sauveur d'âmes, père, et, dans ta dernière lettre, tu ne parles que de la Vérité ou de ce qu'on croit être la Vérité...J'ai cherché Dieu dans chaque trou d'obus, dans chaque maison détruite, à chaque coin de rue, auprès de chaque camarade, quand j'étais blotti dans un entonnoir, et je l'ai cherché même dans le ciel...Et Dieu ne s'est jamais montré, alors que tout mon coeur criait après lui. Les maisons étaient éventrées, les camarades aussi courageux ou aussi lâches que moi...Sur la terre ne régnaient que le meurtre et la faim ; du ciel se déversaient les bombes et le feu...Seul Dieu était absent!...
Non, père! Dieu n'existe pas!...Ou alors, s'il y a un Dieu, il existe pour vous, dans les missels et les cantiques, dans les sermons remplis de dévotion des curés et des pasteurs; il existe peut-être dans le tintement des cloches et dans les vapeurs d'encens, mais il n'existe pas à Stalingrad!..."

Dernières lettres de Stalingrad:

Posté le 03.03.2008 par jojolepetitsavoyard
Janvier 1943, devant Stalingrad l'armée allemande s'enlise. Le dernier avion qui s'envole de cet enfer contient les derniers sacs postaux. La censure militaire s'en empare afin de connaitre l'état d'esprit des combattants. Ces lettres furent retrouvées et certaines furent éditées. En voici les extraits d'une :

LEUR DERNIERE PAROLE FUT POUR LEUR MAMAN

...Et maintenant, tu sais que je ne reviendrai plus...Apprends-le aux parents avec ménagement. Je suis affreusement ébranlé et doute de tout. Autrefois, j'avais la foi et me sentais fort; je me trouve actuellement bien petit, et ne crois plus. Il y a ici un tas de choses qui se passent et que je ne puis approfondir, mais dans la partie qui m'incombe, il y en a déjà tropque je ne puis plus avaler! Personne ne pourra plusme persuader que les camarades tombent en prononçant les mots "Allemagne" ou "Heil Hitler". Qu'ils soient morts, c'est indéniable, mais leur dernière parole fut pour leur maman, pour un être qu'ils aimaient, ou pour appeler à l'aide. J'en ai déjà vu des centaines tomber et mourir, et beaucoup appartenaient comme moi aux H.J. (Hitler Jungend), mais tous , quand ils le pouvaient, ont crié "au secours" ou appelé quelqu'un qui, hélas, ne pouvait plus rien pour eux...
Le Führer nous avait fermement promis de nous sortir de là, et nous l'avons cru, tout aussi fermement. Je l'espère encore aujourd'hui, car il faut bien croire encore à quelque chose! Mais si ce n'est pas vrai, à qui et à quoi peut-on encore faire confiance? En ce cas, je ne désire plus ni printemps, ni été, ni plus rien de ce qui fait la joie de vivre. Greta chérie, durant toute ma vie d'homme, soit un peu moins de huit années, j'ai cru en notre Führer et en ses paroles. C'est épouvantable de douter, et honteux d'entendre ici des choses contre lesquelles on ne peut cependant rien dire,puisque les faits parlent pour elles...
Si ce qu'on nous a promis n'est pas vrai, alors L'Allemagne est perdue et , dans ce cas, tout discours est vain...Oh ce doute, ce terrible doute, si nous pouvions bientôt en être délivrés!...

Edmond Rostand : l'Aiglon

Posté le 29.02.2008 par jojolepetitsavoyard
Le fils de Napoléon, le duc de Reichstadt, discute avec le maréchal Marmont à qui il reproche d'avoir trahi l'empereur.

LE DUC
D'espoir je suis réenvahi!
Je voudrais pardonner!-Pourquoi l'as-tu trahi?

MARMONT
Ah! Monseigneur!...
LE DUC
Pourquoi,- vous autres,
MARMONT
La fatigue!

(depuis un instant, la porte du fond, à droite, s'est entrouverte sans bruit, et on a pu apercevoir, dans l'entrebaillement, le laquais qui a emporté les petits soldats, écoutant. A ce mot : la fatigue, il entre et referme doucement la porte derrière lui, pendant que Marmont continue, dans un accès de franchise.)
Que voulez-vous?...Toujours l'Europe qui se ligue!
Etre vainqueur, c'est beau, mais vivre à bien son prix!
Toujours Vienne, toujours Berlin,-jamais Paris!
Tout à recommencer, toujours!...On rexcommence
Deux fois, trois fois, et puis...C'était de la démence!
A cheval sans jamais desserrer les genoux!
A la fin nous étions trop fatigués!...

LE LAQUAIS
Et nous?...
LE DUC et MARMONT, se retournant et l'apercevant debout, au fond, les bras croisés.
Hein?
LE LAQUAIS descendant peu à peu vers Marmont
Et nous, les petits, les obscurs, les sans-grades,
Nous qui marchions fourbus, blessés, crottés, malades,
Sans espoir de duchés ni de dotations;
Nous qui marchions toujours et jamais n'avancions;
Trop simples et trop gueux pour que l'espoir nous berne
De ce fameux bâton qu'on a dans sa giberne;
Nous qui par tous les temps n'avons cessé d'aller,
Suant sans avoir peur, grelottant sans trembler,
Ne nous soutenant plus qu'à force de trompette,
De fièvre, et de chansons qu'en marchant on répète;
Nous sur lesquels pendant dix-sept ans, songez-y,
Sac, sabre, tourne-vis, pierres à feu, fusil,
-Ne parlons pas du poids toujours absent des vivres!-
Ont fait le doux total de cinquante-huit livres;
Nous qui coiffés d'oursons sous les ciels tropicaux,
Sous les neiges n'avions même plus de shakos;
Qui d'Espagne en Autriche exécutions des trottes;
Nous qui pour arracher ainsi que des carottes
Nos jambes à la boue énorme des chemins,
Devions les empoigner quelque fois à deux mains;
Nous qui pour notre toux n'ayant pas de jujube,
Prenions des bains de pied d'un jour dans le Danube;
Nous qui n'avions le temps quand un bel officier
Arrivait, au galop de chasse, nous crier :
"L'ennemi nous attaque, il faut qu'on le repousse!"
Que de manger un blanc de corbeau sur le pouce,
Ou vivement, avec un peu de neige, encor,
De nous faire un sorbet au sang de cheval mort;
Nous...

LE DUC
Enfin!
LE LAQUAIS
...qui, la nuit, n'avions pas peur des balles,
Mais de nous réveiller, le matin, cannibales;
Nous...

LE DUC
Enfin!...
LE LAQUAIS
...qui marchant et nous battant à jeun
Ne cessions de marcher...

LE DUC
Enfin! j'en vois donc un!
LE LAQUAIS
...Que pour nous battre,-et de nous battre un contre quatre,
Que pour marcher,-et de marcher que pour nous battre,
Marchant et nous battant, maigres, nus, noirs et gais...
Nous, nous ne l'étions pas, peut-être, fatigués?


L'Aiglon acte 2 scène 8 et 9
Edmond Rostand

Baudelaire : Harmonie du soir

Posté le 27.02.2008 par jojolepetitsavoyard
HARMONIE DU SOIR

Voici venir les temps où vibrant sur sa tige
Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir;
Les sons et les parfums tournent dans l'air du soir;
Valse mélancolique et langoureux vertige!

Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir;
Le violon frémit comme un coeur qu'on afflige;
Valse mélancolique et langoureux vertige!
Le ciel est triste est beau comme un grand reposoir.

Le violon frémit comme un coeur qu'on afflige.
Un coeur tendre, qui hait le néant vaste et noir!
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir;
Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige.

Un coeur tendre, qui hait le néant vaste et noir,
Du passé lumineux recueille tout vestige!
Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige.....
Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir!


Les Fleurs du mal
Charles Baudelaire

Alfred de Musset : Adieu

Posté le 26.02.2008 par jojolepetitsavoyard
ADIEU

Adieu! je crois qu'en cette vie
Je ne te reverrai jamais.
Dieu passe, il t'appelle et m'oublie;
En te perdant je sens que je t'aimais.

Pas de pleurs, pas de plainte vaine.
Je sais respecter l'avenir.
Vienne la voile qui t'emmène,
En souriant je la verrai partir.

Tu t'en vas pleine d'espèrance,
Avec orgueil tu reviendras;
Mais ceux qui vont souffrir de ton abscence,
Tu ne les reconnaîtreas pas.

Adieu! tu vas faire un beau rêve
Et t'enivrer d'un plaisir dangereux;
Sur ton chemin létoile qui se lève
Longtemps encor éblouira tes yeux.

Un jour tu sentiras peut-être
Le prix d'un coeur qui nous comprend,
Le bien qu'on trouve à le connaître,
Et ce qu'on souffre en le perdant.


Alfred de Musset
Ce poème est adressé à Pauline Garcia.

Bonheur et altruisme

Posté le 25.02.2008 par jojolepetitsavoyard
LES JOIES DE L'ALTRUISME

Qu'est-ce que cela à a voir avec le bonheur? Des recherches ayant porté sur plusieurs centaines d'étudiants ont mis en évidence une corrélation indéniable entre l'altruisme et le bonheur. Lorsqu'on est heureux le sentiment de l'importance de soi diminue, on est plus ouvert aux autres...
Il est par ailleurs connu que la dépression aiguë s'accompagne d'une difficulté à ressentir et à exprimer de l'amour pour les autres...ceux qui ont souffert de la dépression affirment que donner de l'amour aux autres et en recevoir est un important facteur de guérison...L'interdépendance entre tous les phénomènes en général, et entre tous les êtres en particulier, est telle que notre propre bonheur est intimement lié à celui des autres...
Les recherches de Martin Seligman, spécialiste américain de la dépression et pionnier de la "psychologie positive" montre que la joie qui accompagne un acte de bonté désintéressé procure une satisfaction profonde...
Jean-Jacques Rousseau notait quand à lui : "Je sais et je sens que faire du bien est le plus vrai bonheur que le coeur humain puisse goûter."

Plaidoyer pour le bonheur
Matthieu Ricard
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