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jojolepetitsavoyard
Description du blog :
avec ce blog je souhaite partager des extrais de lectures, poèmes, recettes de cuisine, citations
Catégorie :
Blog Livre
Date de création :
03.09.2007
Dernière mise à jour :
26.06.2008
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La mort de Cyrano

Posté le 24.02.2008 par jojolepetitsavoyard
CYRANO
Mais aussi que diable allait-il faire,
mais que diable allait-il faire dans cette galère?...

Philosophe, physicien,
Rimeur, bretteur, musicien,
Et voyageur aérien,
Grand riposteur du tac au tac,
Amant aussi, pas pour son bien !-
Ci-git Hercule-Savinien
De Cyrano de Bergerac
Qui fut tout, et qui ne fut rien.
...Mais je m'en vais, pardon, je ne peux faire attendre :
Vous voyez, le rayon de lune vient me prendre !

(il est retombé assis, les pleurs de Roxane le rappellent à la réalité, il la regarde, et caressant ses voiles :)
Je ne veux pas que vous pleuriez moins ce charmant,
Ce bon, ce beau Christian; mais je veux seulement
Que lorsque le grand froid aura pris mes vertèbres,
Vous donniez un sens double à ces voiles funèbres,
Et que son deuil sur vous devienne un peu mon deuil.


ROXANE
Je vous jure !...

CYRANO
Pas là! non! pas dans ce fauteuil!
-Ne me soutenez pas!-Personne!
Rien que l'arbre!
Elle vient. Je me sens déja botté de marbre,
-Ganté de plomb!
Oh! mais!...puisqu'elle est en chemin,
Je l'attendrai debout, et l'épée à la main!


LE BRET
Cyrano!

ROXANE
Cyrano!

CYRANO
Je crois qu'elle regarde...
Qu'elle ose regarder mon nez, cette Camarde

(il lève son épée)
Que dites-vous?...C'est inutile?...Je le sais!
Mais on ne se bat pas dans l'espoir du succès!
Non! non!c'est bien plus beau lorsque c'est inutile!
-Qu'est ce que c'est que tous ceux-là!-Vous êtes mille?
Ah! je vous reconnais, tous mes vieux ennemis!
Le Mensonge?

(il frappe de son épée le vide)
Tiens, tiens!-Ha! ha! les Compromis,
Les Préjugés, les Lâchetés!...
Que je pactise?
Jamais, jamais!-Ah! te voilà, toi, la Sottise!
-Je sais bien qu'à la fin vous me mettrez à bas;
N'importe : je me bats! je me bats! je me bats!
Oui, vous m'arrachez tout, le laurier et la rose!
Arrachez! Il ya malgré vous quelque chose
Que j'emporte, et ce soir, quand j'entrerai chez Dieu,
Mon salut balaiera largement le seuil bleu,
Quelque chose que sans un pli, sans une tache,
J'emporte malgré vous,

(il s'élance l'épée haute)
et c'est...
(l'épée s'échappe de ses mains, il chancelle, tombe dans les bras de Le Bret et de Ragueneau)

ROXANE se penchant sur lui et lui baisant le front
C'est?...

CYRANO, rouvre les yeux, la reconnâit et dit en souriant
Mon panache


RIDEAU

CYRANO DE BERGERAC Acte 5 scène 6
Edmond Rostand






--

Le barbier de Séville : la calomnie

Posté le 22.02.2008 par jojolepetitsavoyard
BAZILE
Bone Deus ! se compromettre ! Susciter une méchante affaire, à la bonne heure; et pendant la fermentation, calomniez à dire d'experts; concedo.
BARTHOLO
Singulier moyen de se défaire d'un homme !
BAZILE
La calomnie, monsieur ! Vous ne savez guère ce que vous dédaignez; j'ai vu les plus honnêtes gens près d'en être accablés. Croyez qu'il n'y a pas de plate méchanceté, pas d'horreurs, pas de conte absurde, qu'on ne fasse adopter aux oisifs d'une grande ville en s'y prenant bien : et nous avons ici des gens d'une adresse !...D'abord un léger bruit, rasant le sol comme hirondelle avant l'orage, pianissimo murmure et file, et sème en courant le trait empoisonné. Telle bouche le recueille, et piano, piano, vous le glisse en l'oreille adroitement. Le mal est fait; il germe, il rampe, il chemine, et riforzando de bouche en bouche il va le diable; puis tout à coup, ne sait comment, vous voyez calomnie se dresser, siffler, s'enfler, grandir à vue d'oeil. Elle s'élance, étend son vol, tourbillone, enveloppe, arrache, entraîne, éclate et tonne, et devient, grâce au ciel, un cri général, un crescendo public, un chorus universel de haine et de proscription. Qui diable y résisterait ?

Le barbier de Séville
Beaumarchais

Becker : le Rhin allemand

Posté le 21.02.2008 par jojolepetitsavoyard
Le Rhin allemand
Par Becker
Cette chanson était très répandue en Allemagne, à l’époque où était remis en question l’attribution de la rive gauche du Rhin. On comprend que la chanson devint aussitôt en Allemagne une sorte de Marseillaise. C’est à cette chanson qu’a répondu Musset, voir billet précédent.

Ils ne l’auront pas, le libre Rhin allemand, quoiqu’ils le demandent dans leurs cris comme des corbeaux avides ;

Aussi longtemps qu’il roulera paisible, portant sa robe verte ; aussi longtemps qu’une rame frappera ses flots.

Ils ne l’auront pas, le libre Rhin allemand, aussi longtemps que les cœurs s’abreuveront de son vin de feu ;

Aussi longtemps que les rocs s’élèveront au milieu de son courant ; aussi longtemps que les hautes cathédrales se refléteront dans son miroir.

Ils ne l’auront pas, le libre Rhin allemand, aussi longtemps que de hardis jeunes gens feront la cour aux jeunes filles élancées.

Ils ne l’auront pas, le libre Rhin allemand, jusqu’à ce que les ossements du dernier homme soient ensevelis dans ses vagues.

Alfred de Musset : Le Rhin allemand

Posté le 20.02.2008 par jojolepetitsavoyard
LE RHIN ALLEMAND
Réponse à la chanson de Becker

Nous l'avons eu, votre Rhin allemand,
Il a tenu dans notre verre.
Un couplet qu'on s'en va chantant
Efface-t-il la trace altière
Du pied de nos chevaux marqué dans votre sang ?

Nous l'avons eu , votre Rhin allemand.
Son sein porte une plaie ouverte,
Du jour où Condé triomphant
A déchiré sa robe verte.
Où le père a passé passera bien l'enfant.

Nous l'avons eu , votre Rhin allemand.
Que faisaient vos vertus germaines,
Quand notre César tout puissant
De son ombre couvrait vos plaines ?
Où donc est-il tombé ce dernier ossement ?

Nous l'avons eu, votre Rhin allemand.
Si vous oubliez votre histoire,
Vos jeunes filles, sûrement,
Ont mieux gardé notre mémoire;
Elles nous ont versé votre petit vin blanc.

S'il est à vous, votre Rhin allemand,
Lavez-y donc votre livrée;
Mais parlez-en moins fièrement.
Combien, au jour de la curée,
Etiez-vous de corbeaux contre l'aigle expirant ?

Qu'il coule en paix, votre Rhin allemand;
Que vos cathédrales gothiques
S'y reflètent modestement;
Mais craignez que vos airs bachiques
Ne réveillent les morts de leur repos sanglant.


Poésies nouvelles
Alfred de Musset

Les Misérables: la mort de Jean Valjean

Posté le 19.02.2008 par jojolepetitsavoyard
"....Cosette, voici le moment venu de te dire le nom de ta mère. Elle s'appelait Fantine. Retiens ce nom-là : Fantine. Mets-toi à genoux toutes les fois que tu le prononceras. Elle a bien souffert. Elle t'a bien aimée. Elle a eu en malheur tout ce que tu as en bonheur. Ce sont les partages de Dieu....Je vais donc m'en aller, mes enfants. Aimez-vous bien toujours. Il n'ya guère autre chose que cela dans le monde : s'aimer....Je meurs heureux. Donnez-moi vos chères têtes bien-aimées que je mette mes mains dessus."
Cosette et Marius tombèrent à genoux, éperdus, étouffés de larmes, chacun sur une des mains de Jean Valjean. Ces mains augustes ne remuaient plus.
Il était renversé en arrière, la lueur des deux chandeliers l'éclairait; sa face blanche regardait le ciel, il laissait Cosette et Marius couvrir ses mains de baisers; il était mort.
La nuit était sans étoiles et profondément obscure. Sans doute, dans l'ombre, quelque ange immense était debout, les ailes déployées, attendant l'âme.

Il y a au cimetière du Père-Lachaise, aux environs de la fosse commune, loin du quartier élégant de cette ville des sépulcres, loin de tous ces tomberaux de fantaisie.....une pierre. L'eau la verdit, l'air la noircit....Cette pierre est tout nue. On a songé en la taillant qu'au nécessaire de la tombe, et l'on a pris d'autre soin que de faire cette pierre longue et assez étroite pour couvrir un homme.
On n'y lit aucun nom.
Seulement, voilà de cela bien des années déjà, une main y a écrit au crayon ces quatre vers qui sont devenus peu à peu illisibles sous la pluie et la poussière, et qui probablement sont aujourd'hui effacés:

Il dort. Qoique le sort fût pour lui bien étrange,
Il vivait. Il mourut quand il n'eut plus son ange;
La chose simplement d'elle-même arriva,
Comme la nuit se fait lorsque le jour s'en va.


Les Misérables
Victor Hugo

Cyrano de Bergerac

Posté le 18.02.2008 par jojolepetitsavoyard
LE VICOMTE
Ces grands airs arrogants !
Un hobereau qui… qui… n’a même pas de gants !
Et qui sort sans rubans, sans bouffettes, sans ganses !


CYRANO
Moi, c’est moralement que j’ai mes élégances,
Je ne m’attife pas ainsi qu’un freluquet,
Mais je suis plus soigné si je suis moins coquet ;
Je ne sortirais pas avec, par négligence,
Un affront pas très bien lavé, la conscience
Jaune encore de sommeil dans le coin de son œil,
Un honneur chiffonné, des scrupules en deuil.
Mais je marche sans rien sur moi qui ne reluise,
Empanaché d’indépendance et de franchise ;
Ce n’est pas une taille avantageuse, c’est
Mon âme que je cambre ainsi qu’en un corset,
Et tout couvert d’exploits qu’en rubans je m’attache,
Retroussant mon esprit ainsi qu’une moustache,
Je fais, en traversant les groupes et les ronds,
Sonner les vérités comme des éperons.

LE VICOMTE
Mais, monsieur…

CYRANO
Je n’ai pas de gants ?...la belle affaire !
Il m’en restait un seul…d’une très vieille paire !
-lequel m’était d’ailleurs fort importun :
Je l’ai laissé dans la figure de quelqu’un.


Cyrano de Bergerac acte 1 scène 4

Baudelaire : A une Passante

Posté le 17.02.2008 par jojolepetitsavoyard
A UNE PASSANTE

La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d'une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l'ourlet;

Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son oeil, ciel livide où germe l'ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

Un éclair...puis la nuit !-Fugitive beauté
Dont le regard m'a fait soudainement renaître,
Ne te reverrai-je plus que dans l'éternité?

Ailleurs, bien loin d'ici! trop tard! jamais peut-être!
Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
O toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais!


Les Fleurs du mal
Charles Baudelaire


















Présence et peur de la mort

Posté le 15.02.2008 par jojolepetitsavoyard
Derrière la plupart des angoisses humaines se profile la peur de la mort...Aussitôt qu'un mal favorise le relâchement des mécanismes de défense du moi, la pensée de la mort surgit...
La conscience de la mort incite à une présence accrue à la vie, souligne l'importance des choixet encourage à ne tenir compte que de l'essentiel.
Nous n'emporterons rien avec nous lorsque nous mourrons, ni argent, ni passions...
La pratique de la mort encourage également à faire le deuil des attents irréalistes..Chacun de nous est pleinement responsable de la façon dont il vit et avec laquelle il réagit aux évé nements. Sur un lit de mort, ce n'est plus la faute des autres. On y comprend, souvent trop tard, que l'on a été l'artisan de sa propre souffrance, et que personne d'autre n'est responsable du fait que nous n'avons pas vécu et que nous mourons frustré......
La familiarité avec la mort dans notre vie quotidienne peut même ouvrir les portes de la liberté : puisque tout se réduit à néant pourquoi ne pas prendre la chance de vivre maintenant? Paradoxalement, la relation avec notre finitude permet de mordre dans la vie à pleine dents, et d'atteindre des moments d'éternité au coeur du moment présent.


La guérison du coeur
Guy Corneau

Baudelaire : Remords posthume

Posté le 14.02.2008 par jojolepetitsavoyard
REMORDS POSTHUME

Lorsque tu dormiras, ma belle ténébreuse,
Au fond d'un monument construit en marbre noir,
Et lorsque tu n'auras pour alcôve et manoir
Qu'un caveau pluvieux et qu'une fosse creuse;

Quand la pierre, opprimant ta poitrine peureuse
Et tes flancs qu'assouplit un charmant nonchaloir,
Empêchera ton coeur de battre et de vouloir,
Et tes pieds de courir leur course aventureuse,

Le tombeau, confident de mon rêve infini
(Car le tombeau toujours comprendra le poëte),
Durant ces grandes nuits d'où le somme est banni,

Te dira : " Que vous sert, courtisane imparfaite,
De n'avoir pas connu ce que pleurent les morts ? "
- Et le ver rongera ta peau comme un remords.


Les Fleurs du mal
Baudelaire

Alfred de Musset : Au lecteur

Posté le 13.02.2008 par jojolepetitsavoyard
AU LECTEUR

Ce livre est toute ma jeunesse;
Je l'ai fait sans presque y songer.
Il y paraît, je le confesse,
Et j'aurais pu le corriger.

Mais quand l'homme change sans cesse,
Au passé pourquoi rien changé ?
Va-t'en pauvre oiseau passager;
Que Dieu te mène à ton adresse !

Qui que tu sois, qui me liras,
Lis-en le plus que tu pourras,
Et ne me condamne qu'en somme.

Mes premiers vers sont d'un enfant,
Les seconds d'un adolescent,
Les derniers à peine d'un homme.


Alfres de Musset
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