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jojolepetitsavoyard
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avec ce blog je souhaite partager des extrais de lectures, poèmes, recettes de cuisine, citations
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Blog Littérature
Date de création :
03.09.2007
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06.11.2009

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Cyrano de Bergerac

Cyrano de Bergerac: la présentation des Cadets de Gascogne

Publié le 17/11/2008 à 12:00 par jojolepetitsavoyard
Ce sont les cadets de Gascogne
De Carbon de Castel-Jaloux;
Bretteurs et menteurs sans vergogne,
Ce sont les cadets de Gascogne !
Parlant blason, lambel, bastogne,
Tous plus noble que des filous,
Ce sont les cadets de Gascogne
De Carbon de Castel-jaloux :

Oeil d'aigle, jambe de cigogne,
Moustache de chat, dents de loups,
Fendant la canaille qui grogne,
Oeil d'aigle, jambe de cigogne,
Ils vont, - coiffés d'un vieux vigogne
Dont la plume cache les trous ! -
Oeil d'aigle, jambe de cigogne,
Moustache de chat, dents de loups !

Perce-Bedaine et Casse-Trogne
Sont leurs sobriquets les plus doux;
De gloire, leur âme est ivrogne !
Perce-Bedaine et Casse-Trogne,
Dans tous les endroits où l'on cogne
Ils se donnent des rendez-vous...
Perce-Bedaine et Casse-Trogne
Sont leurs sobriquets les plus doux !

Voici les cadets de Gascogne
Qui font cocus tous les jaloux !
O femme, adorable carogne,
Voici les cadets de Gascogne !
Que le vieil époux se renfrogne :
Sonnez, clairons ! chantez, coucous !
Voici les cadets de Gascogne
Qui font cocus tous les jaloux !


Cyrano de Bergerac Acte 2 scène 7
Edmond Rostand


La mort de Cyrano

Publié le 24/02/2008 à 12:00 par jojolepetitsavoyard
CYRANO
Mais aussi que diable allait-il faire,
mais que diable allait-il faire dans cette galère?...

Philosophe, physicien,
Rimeur, bretteur, musicien,
Et voyageur aérien,
Grand riposteur du tac au tac,
Amant aussi, pas pour son bien !-
Ci-git Hercule-Savinien
De Cyrano de Bergerac
Qui fut tout, et qui ne fut rien.
...Mais je m'en vais, pardon, je ne peux faire attendre :
Vous voyez, le rayon de lune vient me prendre !

(il est retombé assis, les pleurs de Roxane le rappellent à la réalité, il la regarde, et caressant ses voiles :)
Je ne veux pas que vous pleuriez moins ce charmant,
Ce bon, ce beau Christian; mais je veux seulement
Que lorsque le grand froid aura pris mes vertèbres,
Vous donniez un sens double à ces voiles funèbres,
Et que son deuil sur vous devienne un peu mon deuil.


ROXANE
Je vous jure !...

CYRANO
Pas là! non! pas dans ce fauteuil!
-Ne me soutenez pas!-Personne!
Rien que l'arbre!
Elle vient. Je me sens déja botté de marbre,
-Ganté de plomb!
Oh! mais!...puisqu'elle est en chemin,
Je l'attendrai debout, et l'épée à la main!


LE BRET
Cyrano!

ROXANE
Cyrano!

CYRANO
Je crois qu'elle regarde...
Qu'elle ose regarder mon nez, cette Camarde

(il lève son épée)
Que dites-vous?...C'est inutile?...Je le sais!
Mais on ne se bat pas dans l'espoir du succès!
Non! non!c'est bien plus beau lorsque c'est inutile!
-Qu'est ce que c'est que tous ceux-là!-Vous êtes mille?
Ah! je vous reconnais, tous mes vieux ennemis!
Le Mensonge?

(il frappe de son épée le vide)
Tiens, tiens!-Ha! ha! les Compromis,
Les Préjugés, les Lâchetés!...
Que je pactise?
Jamais, jamais!-Ah! te voilà, toi, la Sottise!
-Je sais bien qu'à la fin vous me mettrez à bas;
N'importe : je me bats! je me bats! je me bats!
Oui, vous m'arrachez tout, le laurier et la rose!
Arrachez! Il ya malgré vous quelque chose
Que j'emporte, et ce soir, quand j'entrerai chez Dieu,
Mon salut balaiera largement le seuil bleu,
Quelque chose que sans un pli, sans une tache,
J'emporte malgré vous,

(il s'élance l'épée haute)
et c'est...
(l'épée s'échappe de ses mains, il chancelle, tombe dans les bras de Le Bret et de Ragueneau)

ROXANE se penchant sur lui et lui baisant le front
C'est?...

CYRANO, rouvre les yeux, la reconnâit et dit en souriant
Mon panache


RIDEAU

CYRANO DE BERGERAC Acte 5 scène 6
Edmond Rostand



Cyrano de Bergerac

Publié le 18/02/2008 à 12:00 par jojolepetitsavoyard
LE VICOMTE
Ces grands airs arrogants !
Un hobereau qui… qui… n’a même pas de gants !
Et qui sort sans rubans, sans bouffettes, sans ganses !


CYRANO
Moi, c’est moralement que j’ai mes élégances,
Je ne m’attife pas ainsi qu’un freluquet,
Mais je suis plus soigné si je suis moins coquet ;
Je ne sortirais pas avec, par négligence,
Un affront pas très bien lavé, la conscience
Jaune encore de sommeil dans le coin de son œil,
Un honneur chiffonné, des scrupules en deuil.
Mais je marche sans rien sur moi qui ne reluise,
Empanaché d’indépendance et de franchise ;
Ce n’est pas une taille avantageuse, c’est
Mon âme que je cambre ainsi qu’en un corset,
Et tout couvert d’exploits qu’en rubans je m’attache,
Retroussant mon esprit ainsi qu’une moustache,
Je fais, en traversant les groupes et les ronds,
Sonner les vérités comme des éperons.

LE VICOMTE
Mais, monsieur…

CYRANO
Je n’ai pas de gants ?...la belle affaire !
Il m’en restait un seul…d’une très vieille paire !
-lequel m’était d’ailleurs fort importun :
Je l’ai laissé dans la figure de quelqu’un.


Cyrano de Bergerac acte 1 scène 4

Cyrano de Bergerac : le duel en vers

Publié le 13/01/2008 à 12:00 par jojolepetitsavoyard
Cyrano
Attendez !... je choisis mes rimes...Là, j'y suis.

Je jette avec gràce mon feutre,
Je fais lentement l'abandon
Du lourd manteau qui me calfeutre,
Et je tire mon espadon;
Elegant comme Céladon,
Agile comme Scaramouche,
Je vous préviens, cher Myrmidon,
Qu'à la fin de l'envoi je touche !

Vous auriez bien dû rester neutre;
Où vais-je vous larder, dindon ?...
Dans le flanc, sous votre maheutre ?...
Au coeur, sous votre bleu cordon ?...
Les coquilles tintent, ding-dong !
Ma pointe voltige : une mouche !
Décidément...c'est au bedon,
Qu'à la fin de l'envoi, je touche.

Il me manque une rime en eutre...
Vous rompez, plus blanc qu'amidon ?
C'est pour me fournir le mot pleutre !
Tac ! je pare la pointe dont
Vous espériez me faire don,
J'ouvre la ligne, je la bouche...
Tiens bien ta broche, Laridon !
A la fin de l'envoi, je touche.

Envoi
Prince,demande à Dieu pardon !
Je quarte du pied, j'escarmouche,
Je coupe, je feinte...
Hé ! là, donc !
A la fin de l'envoi, je touche


Cyrano de Bergerac acte 1 scène 4
Edmond Rostand

Cyrano de Bergerac

Publié le 12/12/2007 à 12:00 par jojolepetitsavoyard
Cyrano
...N'écrire jamais rien qui de soi ne sortît,
Et modeste d'ailleurs, se dire : mon petit
Sois satisfait des fleurs, des fruits, même des feuilles,
Si c'est dans ton jardin à toi que tu les cueilles !
Puis, s'il advient d'un peu triompher, par hasard,
Ne pas être obligé d'en rien rendre à César,
Vis-à-vis de soi-même en garder le mérite,
Bref, dédaignant dêtre le lierre parasite,
Lors même qu'on n'est pas le chêne ou le tilleul
Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul !


Acte 2 scène 8
Edmond Rostand

Cyrano de Bergerac: la tirade des nez

Publié le 09/12/2007 à 12:00 par jojolepetitsavoyard
(De Guiche)
Personne ne va donc lui répondre?
(Le Vicomte)
Personne?...
Attendez! Je vais lui lancer un de ces traits!...
Vous...vous avez un nez...heu...un nez...très grand.

(Cyrano)
Très.
(Le Vicomte)
Ha!
(Cyrano)
C'est tout?...
(Le Vicomte)
Mais...
(Cyrano)
Ah! non! c'est un peu court, jeune homme!
On pouvait dire...Oh! Dieu!...bien des choses en somme...
En variant le ton, par exemple, tenez:
Agressif : " Moi, monsieur, si j'avais un tel nez,
Il faudrait sur-le-champ que je me l'amputasse! "
Amical : " Mais il doit tremper dans votre tasse!
Pour boire, faites-vous fabriquer un hanap! "
Descriptif : " C'est un roc!...c'est un pic!...c'est un cap!
Que dis-je, c'est un cap?... C'est une péninsule! "
Curieux : " De quoi sert cette oblongue capsule?
D'écritoire, monsieur, ou de boîte à ciseaux? "
Gracieux : " Aimez-vous à ce point les oiseaux
Que paternellement vous vous préoccupâtes
De tendre ce perchoir à leurs petites pattes? "
Truculent : "çà, monsieur, lorsque vous pétunez,
La vapeur du tabac vous sort-elle du nez
Sans qu'un voisin ne crie au feu de cheminée? "
Prévenant : " Gardez-vous, votre tête entraînée
Par ce poids, de tomber en avant sur le sol! "
Tendre : " Faites-lui faire un petit parasol
De peur que sa couleur au soleil ne se fane! "
Pédant : " L'animal seul, monsieur, qu'Aristophane
Appelle Hippocampelephantocamélos
Dut avoir sous le front tant de chair sur tant d'os! "
Cavalier : " Quoi, l'ami, ce croc est à la mode?
Pour pendre son chapeau, c'est vraiment très commode! "
Emphatique : " Aucun vent ne peux, nez magistral
T'enrhumer tout entier, excepté le mistral! "
Dramatique : " C'est la Mer Rouge quand il saigne! "
Admiratif : " Pour un parfumeur, quel enseigne! "
Lyrique : " Est-ce une conque, êtes-vous un triton? "
Naïf : " Ce monument, quand le visite-t-on? "
Respectueux : " Souffrez, monsieur, qu'on vous salue,
C'est là ce qui s'appelle avoir pignon sur rue! "
Campagnard : " Hé, ardé! C'est-y un nez? Nanain!
C'est queuqu' navet géant ou bien queuqu'melon nain! "
Militaire : " Pointez contre cavalerie! "
Pratique : " Voulez-vous le mettre en loterie?
Assurément, monsieur, ce sera le gros lot! "
Enfin, parodiant Pyrame en un sanglot:
" Le voilà donc ce nez qui des traits de son maître
A détruit l'harmonie! Il en rougit, le traître! "


Cyrano de Bergerac (Acte 1 scène 4)
Edmond Rostand

Cyrano de Bergerac, présentation

Publié le 08/12/2007 à 12:00 par jojolepetitsavoyard
Laissons à Cyrano le soin de se présenter:
"Philosophe, physicien,
Rimeur, bretteur, musicien,
Et voyageur aérien,
Grand riposteur du tac au tac,
Amant aussi, pas pour son bien!,
Ci-git Hercule-Savinien
De Cyrano de Bergerac
Qui fut tout, et qui ne fut rien."


Acte 5 Scène 6

Cyrano de Bergerac

Publié le 07/12/2007 à 12:00 par jojolepetitsavoyard

Moi, c'est moralement que j'ai mes élégances,
Je ne m'attife pas ainsi qu'un freluquet,
Mais je suis plus soigné si je suis moins coquet;
Je ne sortirais pas avec, par négligence,
Un affront pas très bien lavé, la conscience
Jaune encore de sommeil dans le coin de son oeil,
Un honneur chiffoné, des scrupules en deuil.
Mais je marche sans rien sur moi qui ne reluise
Empanaché d'indépendance et de franchise;
Ce n'est pas une taille avantageuse, c'est
Mon âme que je cambre ainsi qu'en un corset,
Et tout couvert d'exploits qu'en rubans je m'attache,
Retroussant mon esprit ainsi qu'une moustache,
Je fais, en traversant les groupes et les ronds,
Sonner les vérités comme des éperons.


Cyrano de Bergerac (Acte 1, scène 4)
Edmond Rostand