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Nom du blog :
jojolepetitsavoyard
Description du blog :
avec ce blog je souhaite partager des extrais de lectures, poèmes, recettes de cuisine, citations
Catégorie :
Blog Littérature
Date de création :
03.09.2007
Dernière mise à jour :
06.11.2009

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Lettres de Stalingrad

Dernières lettres de Stalingrad:

Publié le 17/06/2008 à 12:00 par jojolepetitsavoyard
"...S'il existe un Dieu dans le ciel" m'écris-tu dans ta dernière lettre, "qu'il te fasse bientôt revenir vers moi, et en bonne santé car", as-tu poursuivi, "un homme comme toi, qui aime les animaux et les fleurs, qui jamais n'a commis d'injustice, qui aime et vénère sa femme et ses enfants, doit toujours vivre sous la protection de Dieu..."
Je te remercie pour le contenu de cette lettre que je porte en permanence dans la poche de ma tunique. Mais, ma chérie, si tes paroles veulent être bienveillantes et si tu les fais dépendre de l'existence de Dieu, tu te trouveras bientôt en face d'un lourde et grave décision. Je suis un homme épris de religion, tu as toujours été une croyante. Si nous examinons notre position antérieure à la lueur des circonstances qui nous obligent à rejeter tout ce à quoi nous avons cru, alors tout change. Je cherche les mots pour t'expliquer...Ou le pressens-tu déjà? Ta lettre du 8 décembre était d'une élévation de ton extraordinaire...Mais nous sommes à la mi-janvier...
Pour longtemps, peut-être pour toujours, cette lettre est la dernière. Un camarade qui doit aller à l'aérodrome l'emportera avec lui, car demain décollera le dernier appareil. La position est devenue intenable. Les Russes sont à moins de trois kilomètres de notre dernière base aérienne et, lorsque celle-ci sera tombée entre leurs mains, une souris elle-même ne pourrait s'enfuir...et moi, pas davantage. Pas davantage des centaines de milliers d'hommes...Bien mince consolation d'avoir à partager sa propre disparition avec tant d'autres ! S'il y a un Dieu ! De l'autre côté aussi il y en a beaucoup; en Angleterre, en France, à coup sur des millions...Je ne crois plus en un Dieu de bonté car il n'aurait jamais laissé se perpétrer une si grande injustice...Je ne crois plus en un Dieu qui a pu illuminer l'esprit des hommes qui ont déclaré cette guerre, et parlent toujours de paix et de toute-puissance en trois langues...Je ne crois plus en Dieu, car il nous a trahis...
Je ne crois plus...Et toi? T'en sens-tu encore capable?


Ils écoutaient Beethoven dans Stalingrad

Publié le 25/03/2008 à 12:00 par jojolepetitsavoyard
Encore une des dernières lettres envoyées de Stalingrad.

...ILS ECOUTAIENT BEETHOVEN DANS STALINGRAD...

"...Ceci, Margaret, tu dois l'ôter de tes pensées, et l'ôter au plus tôt. Je puis même te conseiller de le faire radicalement, ainsi la désillusion n'en sera que plus mince. Dans chacune de tes lettres, je lis le désir que tu as de me voir bientôt revenir. Un tel souhait n'est pas pour m'étonner car, moi aussi, je l'attends, cet instaznt, passionnément. En vérité, ce n'est pas tant ce désir qui m'inquiète, mais de sentir entre tes lignes s'en glisser un autre : celui d'avoir de nouveau, près de toi, non seulement le mari et l'amant, mais aussi le pianiste, et cela je le sens très clairement.
N'est-ce pas un renversement comique des sentiments de penser que moi, qui devrais être au plus profond désespoir, je me résigne à mon destin, alors que la femme ayant toutes les raisons de lui être reconnaissante de m'avoir prolonger la vie (du moins jusqu'à maintenant !) se révolte contre lui.
J'ai souvent le soupçon que tu m'adresses un reproche silencieux : celui de ne plus être capable de jouer...Comme si j'en étais responsable !...Cela, tu désires le savoir et c'est pourquoi tu insistes si longuement dans tes lettres sur une certitude que j'aurais préféré, de beaucoup, te donner de vive voix. Peut-être est-ce le destin qui veutque notre situation atteigne un degré dans lequel ne peuvent trouver place ni le subterfuge, ni le faux-fuyant...Puisque j'ignore si je pourrai te parler encore une fois, il est préférable que cette lettre te prépare pour le cas où, un jour, j'apparaîtrais...
Mes mains sont foutues, et cela depuis le début de décembre !...A la gauche, manque le petit doigt; mais, ce qui est pire, c'est qu'à la main droite les trois doigts du milieu sont gelés; je ne puis tenir mon quart qu'entre le pouce et le petit doigt...Je me sens presque entièrement sans défense !...C'est lorqu'on a perdu ses doigts qu'on se rend compte combien ils pouvaient vous être utiles, même pour effectuer les plus minimes obligations...Au mieux, je puisencore presser la détente de mon arme avec le petit doigt : mes mains sont foutues...

Seul Dieu était absent

Publié le 04/03/2008 à 12:00 par jojolepetitsavoyard
Pour faire suite au billet d'hier voici une autre lettre de Stalingrad.

...SEUL DIEU ETAIT ABSENT...

"...A Stalingrad, le choix de s'en remettre à Dieu signifie en nier l'existence. Ceci, je dois te le dire, mon cher papa, et j'en ai doublement de la peine. Dès lors que maman me fut enlevée, tu m'as toujours élevé avec la présence de Dieu devant les yeux et devant mon âme...C'est pourquoi je regrette deux fois ces paroles, puisqu'elles sont les dernières et qu'après elles je ne pourrai en prononcer d'autres pour me repentir.
Tu es un sauveur d'âmes, père, et, dans ta dernière lettre, tu ne parles que de la Vérité ou de ce qu'on croit être la Vérité...J'ai cherché Dieu dans chaque trou d'obus, dans chaque maison détruite, à chaque coin de rue, auprès de chaque camarade, quand j'étais blotti dans un entonnoir, et je l'ai cherché même dans le ciel...Et Dieu ne s'est jamais montré, alors que tout mon coeur criait après lui. Les maisons étaient éventrées, les camarades aussi courageux ou aussi lâches que moi...Sur la terre ne régnaient que le meurtre et la faim ; du ciel se déversaient les bombes et le feu...Seul Dieu était absent!...
Non, père! Dieu n'existe pas!...Ou alors, s'il y a un Dieu, il existe pour vous, dans les missels et les cantiques, dans les sermons remplis de dévotion des curés et des pasteurs; il existe peut-être dans le tintement des cloches et dans les vapeurs d'encens, mais il n'existe pas à Stalingrad!..."

Dernières lettres de Stalingrad:

Publié le 03/03/2008 à 12:00 par jojolepetitsavoyard
Janvier 1943, devant Stalingrad l'armée allemande s'enlise. Le dernier avion qui s'envole de cet enfer contient les derniers sacs postaux. La censure militaire s'en empare afin de connaitre l'état d'esprit des combattants. Ces lettres furent retrouvées et certaines furent éditées. En voici les extraits d'une :

LEUR DERNIERE PAROLE FUT POUR LEUR MAMAN

...Et maintenant, tu sais que je ne reviendrai plus...Apprends-le aux parents avec ménagement. Je suis affreusement ébranlé et doute de tout. Autrefois, j'avais la foi et me sentais fort; je me trouve actuellement bien petit, et ne crois plus. Il y a ici un tas de choses qui se passent et que je ne puis approfondir, mais dans la partie qui m'incombe, il y en a déjà tropque je ne puis plus avaler! Personne ne pourra plusme persuader que les camarades tombent en prononçant les mots "Allemagne" ou "Heil Hitler". Qu'ils soient morts, c'est indéniable, mais leur dernière parole fut pour leur maman, pour un être qu'ils aimaient, ou pour appeler à l'aide. J'en ai déjà vu des centaines tomber et mourir, et beaucoup appartenaient comme moi aux H.J. (Hitler Jungend), mais tous , quand ils le pouvaient, ont crié "au secours" ou appelé quelqu'un qui, hélas, ne pouvait plus rien pour eux...
Le Führer nous avait fermement promis de nous sortir de là, et nous l'avons cru, tout aussi fermement. Je l'espère encore aujourd'hui, car il faut bien croire encore à quelque chose! Mais si ce n'est pas vrai, à qui et à quoi peut-on encore faire confiance? En ce cas, je ne désire plus ni printemps, ni été, ni plus rien de ce qui fait la joie de vivre. Greta chérie, durant toute ma vie d'homme, soit un peu moins de huit années, j'ai cru en notre Führer et en ses paroles. C'est épouvantable de douter, et honteux d'entendre ici des choses contre lesquelles on ne peut cependant rien dire,puisque les faits parlent pour elles...
Si ce qu'on nous a promis n'est pas vrai, alors L'Allemagne est perdue et , dans ce cas, tout discours est vain...Oh ce doute, ce terrible doute, si nous pouvions bientôt en être délivrés!...