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Nom du blog :
jojolepetitsavoyard
Description du blog :
avec ce blog je souhaite partager des extrais de lectures, poèmes, recettes de cuisine, citations
Catégorie :
Blog Livre
Date de création :
03.09.2007
Dernière mise à jour :
26.06.2008
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Edmond Rostand : l'Aiglon

Posté le 08.04.2008 par jojolepetitsavoyard
Dans la crypte des Capucins, à Vienne

Et maintenant il faut que Ton Altesse dorme,
-Ame pour qui la Mort est une guérison,-
Dorme, au fond du caveau, dans la double prison
De son cercueil de bronze et de cet uniforme.

Q’un vain paperassier cherche, gratte, et s’informe ;
Même quand il a tort, le poète a raison.
Mes vers peuvent périr, mais, sur son horizon,
Wagram verra toujours monter ta blanche forme !

Dors. Ce n’est pas toujours la Légende qui ment.
Un rêve est moins trompeur, parfois, qu’un document.
Dors ; tu fus ce Jeune homme et ce Fils, quoi qu’on dise.

Les cercueils sont nombreux, les caveaux sont, étroits,
Et cette cave à l’air d’un débarras de rois…
Dors dans le coin, à droite, où la lumière est grise.


Dors dans cet endroit pauvre où les archiducs blonds
Sont vêtus d’un airain que le Temps vert-de-grise
On dirait qu’un départ dont l’instant s’éternise
Encombre les couloirs de bagages oblongs.

Des touristes anglais traînent là leurs talons,
Puis ils vont voir, plus loin, ton cœur, dans une Eglise.
Dors, tu fus ce Jeune homme et ce Fils, quoi qu’on dise.
Dors, tu fus ce martyr ; du moins, nous le voulons.

... Un Capucin pressé d’expédier son monde
Frappe avec une clef sur ton cercueil qui gronde,
Dit un nom, une date,-et passe, en abrégeant…

Dors ! mais rêve en dormant que l’on t’a fait revivre,
Et que, laissant ton corps dans son cercueil de cuivre,
J’ai pu voler ton cœur dans son urne d’argent.



--

Edmond Rostand : l'Aiglon

Posté le 29.02.2008 par jojolepetitsavoyard
Le fils de Napoléon, le duc de Reichstadt, discute avec le maréchal Marmont à qui il reproche d'avoir trahi l'empereur.

LE DUC
D'espoir je suis réenvahi!
Je voudrais pardonner!-Pourquoi l'as-tu trahi?

MARMONT
Ah! Monseigneur!...
LE DUC
Pourquoi,- vous autres,
MARMONT
La fatigue!

(depuis un instant, la porte du fond, à droite, s'est entrouverte sans bruit, et on a pu apercevoir, dans l'entrebaillement, le laquais qui a emporté les petits soldats, écoutant. A ce mot : la fatigue, il entre et referme doucement la porte derrière lui, pendant que Marmont continue, dans un accès de franchise.)
Que voulez-vous?...Toujours l'Europe qui se ligue!
Etre vainqueur, c'est beau, mais vivre à bien son prix!
Toujours Vienne, toujours Berlin,-jamais Paris!
Tout à recommencer, toujours!...On rexcommence
Deux fois, trois fois, et puis...C'était de la démence!
A cheval sans jamais desserrer les genoux!
A la fin nous étions trop fatigués!...

LE LAQUAIS
Et nous?...
LE DUC et MARMONT, se retournant et l'apercevant debout, au fond, les bras croisés.
Hein?
LE LAQUAIS descendant peu à peu vers Marmont
Et nous, les petits, les obscurs, les sans-grades,
Nous qui marchions fourbus, blessés, crottés, malades,
Sans espoir de duchés ni de dotations;
Nous qui marchions toujours et jamais n'avancions;
Trop simples et trop gueux pour que l'espoir nous berne
De ce fameux bâton qu'on a dans sa giberne;
Nous qui par tous les temps n'avons cessé d'aller,
Suant sans avoir peur, grelottant sans trembler,
Ne nous soutenant plus qu'à force de trompette,
De fièvre, et de chansons qu'en marchant on répète;
Nous sur lesquels pendant dix-sept ans, songez-y,
Sac, sabre, tourne-vis, pierres à feu, fusil,
-Ne parlons pas du poids toujours absent des vivres!-
Ont fait le doux total de cinquante-huit livres;
Nous qui coiffés d'oursons sous les ciels tropicaux,
Sous les neiges n'avions même plus de shakos;
Qui d'Espagne en Autriche exécutions des trottes;
Nous qui pour arracher ainsi que des carottes
Nos jambes à la boue énorme des chemins,
Devions les empoigner quelque fois à deux mains;
Nous qui pour notre toux n'ayant pas de jujube,
Prenions des bains de pied d'un jour dans le Danube;
Nous qui n'avions le temps quand un bel officier
Arrivait, au galop de chasse, nous crier :
"L'ennemi nous attaque, il faut qu'on le repousse!"
Que de manger un blanc de corbeau sur le pouce,
Ou vivement, avec un peu de neige, encor,
De nous faire un sorbet au sang de cheval mort;
Nous...

LE DUC
Enfin!
LE LAQUAIS
...qui, la nuit, n'avions pas peur des balles,
Mais de nous réveiller, le matin, cannibales;
Nous...

LE DUC
Enfin!...
LE LAQUAIS
...qui marchant et nous battant à jeun
Ne cessions de marcher...

LE DUC
Enfin! j'en vois donc un!
LE LAQUAIS
...Que pour nous battre,-et de nous battre un contre quatre,
Que pour marcher,-et de marcher que pour nous battre,
Marchant et nous battant, maigres, nus, noirs et gais...
Nous, nous ne l'étions pas, peut-être, fatigués?


L'Aiglon acte 2 scène 8 et 9
Edmond Rostand

Le barbier de Séville : la calomnie

Posté le 22.02.2008 par jojolepetitsavoyard
BAZILE
Bone Deus ! se compromettre ! Susciter une méchante affaire, à la bonne heure; et pendant la fermentation, calomniez à dire d'experts; concedo.
BARTHOLO
Singulier moyen de se défaire d'un homme !
BAZILE
La calomnie, monsieur ! Vous ne savez guère ce que vous dédaignez; j'ai vu les plus honnêtes gens près d'en être accablés. Croyez qu'il n'y a pas de plate méchanceté, pas d'horreurs, pas de conte absurde, qu'on ne fasse adopter aux oisifs d'une grande ville en s'y prenant bien : et nous avons ici des gens d'une adresse !...D'abord un léger bruit, rasant le sol comme hirondelle avant l'orage, pianissimo murmure et file, et sème en courant le trait empoisonné. Telle bouche le recueille, et piano, piano, vous le glisse en l'oreille adroitement. Le mal est fait; il germe, il rampe, il chemine, et riforzando de bouche en bouche il va le diable; puis tout à coup, ne sait comment, vous voyez calomnie se dresser, siffler, s'enfler, grandir à vue d'oeil. Elle s'élance, étend son vol, tourbillone, enveloppe, arrache, entraîne, éclate et tonne, et devient, grâce au ciel, un cri général, un crescendo public, un chorus universel de haine et de proscription. Qui diable y résisterait ?

Le barbier de Séville
Beaumarchais

RUY BLAS

Posté le 31.01.2008 par jojolepetitsavoyard
RUY BLAS
Hier, il m’a dit :-Il faut être au palais demain
Avant l’aurore. Entrez par la grille dorée.-
En arrivant il m’a fait mettre cette livrée,
Car l’habit odieux sous lequel tu me vois,
Je le porte aujourd’hui pour la première fois.


DON CESAR
Espère !

RUY BLAS
Espérer ! Mais tu ne sais rien encore.
Vivre sous cet habit qui souille et déshonore,
Avoir perdu la joie et l’orgueil, ce n’est rien.
Etre esclave, être vil, qu’importe !-Ecoute bien.
Frère ! je ne sens pas cette livrée infâme,
Car j’ai dans ma poitrine une hydre aux dents de flamme
Qui me serre le cœur dans ses replis ardents.
Le dehors te fait peur ? Si tu voyais dedans


DON CESAR
Que veux-tu dire ?

RUY BLAS
Invente, imagine, suppose,
Fouille dans ton esprit. Cherches-y quelque chose
D’étrange, d’insensé, d’horrible et d’inouï.
Une fatalité dont on soit ébloui !
Oui, compose un poison affreux, creuse un abîme
Plus sourd que la folie et plus noir que le crime,
Tu n’approcheras pas de mon secret.
-Tu ne devines pas ?- Hé ! qui devinerait,-
Zafari ! dans le gouffre où mon destin m’entraîne
Plonge les yeux !- je suis amoureux de la reine
!
………………….
Ruy Blas Acte 1 scène 3
Victor Hugo

Les Burgraves

Posté le 17.12.2007 par jojolepetitsavoyard
Magnus

Jadis il en était
Des serments qu'on faisait dans la vieilleAllemagne
Comme de nos habits de guerre ou de campagne;
Ils étaient en acier, j'y songe avec orgueil,
C'était chose solide et reluisante à l'oeil,
Que l'on n'entamait point sans lutte et sans bataille,
A laquelle d'un homme on mesurait la taille,
Qu'un noble avait toujours présente à son chevet,
Et qui, même rouillée, était bonne et servait.
Le brave mort dormait dans sa tombe humble et pure,
Couché dans son serment comme dans son armure;
Et le temps, qui des morts ronge le vêtement,
Parfois brisait l'armure, et jamais le serment.
Mais aujourd'hui la foi, l'honneur et les paroles
Ont pris le train nouveau des modes espagnoles.
Clinquant !, soie !,un serment, avec ou sans témoin,
Dure autant qu'un pourpoint, parfois plus, souvent moins !
S'use vite, et n'est plus qu'un haillon incommode
Qu'on déchire et qu'on jette en disant : Vieille mode !


Les Burgraves Acte 1 scène 6
Victor Hugo
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