poème
Publié le 21/02/2008 à 12:00 par jojolepetitsavoyard
Le Rhin allemand
Par Becker
Cette chanson était très répandue en Allemagne, à l’époque où était remis en question l’attribution de la rive gauche du Rhin. On comprend que la chanson devint aussitôt en Allemagne une sorte de Marseillaise. C’est à cette chanson qu’a répondu Musset, voir billet précédent.
Ils ne l’auront pas, le libre Rhin allemand, quoiqu’ils le demandent dans leurs cris comme des corbeaux avides ;
Aussi longtemps qu’il roulera paisible, portant sa robe verte ; aussi longtemps qu’une rame frappera ses flots.
Ils ne l’auront pas, le libre Rhin allemand, aussi longtemps que les cœurs s’abreuveront de son vin de feu ;
Aussi longtemps que les rocs s’élèveront au milieu de son courant ; aussi longtemps que les hautes cathédrales se refléteront dans son miroir.
Ils ne l’auront pas, le libre Rhin allemand, aussi longtemps que de hardis jeunes gens feront la cour aux jeunes filles élancées.
Ils ne l’auront pas, le libre Rhin allemand, jusqu’à ce que les ossements du dernier homme soient ensevelis dans ses vagues.
Publié le 07/02/2008 à 12:00 par jojolepetitsavoyard
Primo Levi est né à Turin en 1919. Son premier livre « Si c’est un homme », paru en 1947, le journal de sa déportation, est l’un des tout premiers témoignages sur l’horreur d’Auschwitz. Voici le poème écrit en introduction de son témoignage.
SI C’EST UN HOMME
Vous qui vivez en toute quiétude
Bien au chaud dans vos maisons,
Vous qui trouvez le soir en rentrant
La table mise et des visages amis,
Considérez si c’est un homme
Que celui qui peine dans la boue,
Qui ne connaît pas de repos,
Qui se bat pour un quignon de pain,
Qui meurt pour un oui pour un non.
Considérez si c’est une femme
Que celle qui a perdu son nom et ses cheveux
Et jusqu’à la force de se souvenir,
Les yeux vides et le sein froid
Comme une grenouille en hiver.
N’oubliez pas que cela fut,
Non, ne l’oubliez pas :
Gravez ces mots dans votre cœur.
Pensez-y chez vous, dans la rue,
En vous couchant, en vous levant ;
Répétez-le à vos enfants.
Ou que votre maison s’écroule,
Que la maladie vous accable,
Que vos enfants se détournent de vous.
Si c’est un homme
Primo Levi
Publié le 30/01/2008 à 12:00 par jojolepetitsavoyard
OPHELIE
1
Sur l’onde calme et noire où dorment les étoiles
La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,
Flotte très lentement couchée en ses longs voiles…
-On entend dans les bois lointains des hallalis.
Voici plus de mille ans que la triste Ophélie
Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir.
Voici plus de mille ans que sa douce folie
Murmure sa romance à la brise du soir.
Le vent baise ses seins et déploie en corolle
Ses grands voiles bercés mollement par les eaux ;
Les saules frissonnants pleurent sur son épaule,
Sur son grand front rêveur s’inclinent les roseaux.
Les nénuphars froissés soupirent autour d’elle ;
Elle éveille parfois, dans un aune qui dort,
Quelque nid, d’où s’échappe un petit frisson d’aile :
-Un chant mystérieux tombe des astres d’or.
2
O pâle Ophélia ! belle comme la neige !
Oui tu mourus, enfant, par un fleuve emporté !
-C’est que les vents tombant des grands monts de Norwège
T’avaient parlé tout bas de l’âpre liberté ;
C’est qu’un souffle, tordant ta grande chevelure,
A ton esprit rêveur portait d’étranges bruits ;
Que ton cœur écoutait le chant de la Nature
Dans les plaintes de l’arbre et les soupirs des nuits ;
C’est que la voix des mers folles, immense râle,
Brisait ton sein d’enfant, trop humain et trop doux ;
C’est qu’un matin d’avril, un beau cavalier pâle,
Un pauvre fou, s’assit muet à tes genoux !
Ciel ! Amour ! Liberté ! Quel rêve, ô pauvre Folle !
Tu te fondais à lui comme une neige au feu ;
Tes grandes visions étranglaient ta parole
-Et l’Infini terrible effara ton œil bleu !
3
-Et le poète dit qu’aux rayons des étoiles
Tu viens chercher la nuit, les fleurs que tu cueillis,
Et qu’il a vu sur l’eau, couchée en ses longs voiles,
La blanche Ophélia flotter, comme un grand lys.
Arthur Rimbaud
Publié le 24/01/2008 à 12:00 par jojolepetitsavoyard
Poème sur la jeunesse
La jeunesse n’est pas une période de la vie, elle est un état d’esprit, un effet de la volonté, une intensité émotive, une victoire du courage sur la timidité, du goût de l’effort sur l’amour du confort.
On ne devient pas vieux pour avoir vécu un certain nombre d’années, on devient vieux parce que l’on a déserté son idéal. Les années rident la peau, renoncer à son idéal ride l’âme.
Les préoccupations, les doutes, les craintes et les désespoirs sont les ennemis qui lentement font pencher vers la terre et devenir poussière avant la mort ;
Jeune est celui qui s’étonne et s’émerveille, il demande comme l’enfant insatiable : et après ? Il défie les événements et trouve de la joie au jeu de la vie.
Vous êtes aussi jeune que votre foi, aussi vieux que votre doute, aussi jeune que votre espoir, aussi vieux que votre abattement.
Vous resterez jeune tant que vous resterez réceptif à ce qui est beau, bon et grand, réceptif aux messages de la nature, de l’homme et de l’infini.
Si un jour votre cœur allait être mordu par le pessimisme et rongé par le cynisme, puisse Dieu avoir pitié de votre âme de vieillard.
Samuel Ullman
Publié le 15/01/2008 à 12:00 par jojolepetitsavoyard
Passons passons puisque tout passe...
Je me retournerai souvent...
Les souvenirs sont cor de chasse...
Dont meurt le bruit parmi le vent...
Guillaume Apollinaire
Publié le 13/01/2008 à 12:00 par jojolepetitsavoyard
Il suffit d'un regard pour que germe la haine
et déferle l'angoisse au fond des galaxies
il suffit d'un regard pour que mon être porte
aux sommets du plaisir les épaves de toi
Il suffit d'un regard pour que pleure la neige
et que monte la sève au levain de l'amour
il suffit d'un regard pour se tordre et s'enfuir
et d'un regard aussi pour que gicle le rêve!
Il suffit d'un regard pour que gronde la pierre
d'un regard qui embrasse et moule l'univers
il suffit d'un regard pour dans une prière
voir s'étendre la vie au néant vaste et mou!
Nadia Tueni
Publié le 10/01/2008 à 12:00 par jojolepetitsavoyard
Ce soir la prof de yoga nous a lu un très beau poème de sa composition. Un vrai bonheur, avec son autorisation je ne résiste pas au plaisir de vous le faire partager.
2008 ?... à chacun de choisir !...
Une année comme une boule qui roule doucement,
une année comme une fleur qui s'ouvre au printemps,
une année comme un coeur qui gonfle d'espoir,
une année comme un chant qui monte dans le soir...
Une année pour se pardonner son passé,
une année pour grandir de l'intérieur,
une année pour sourire de soi, et se sourire aussi,
une année pour s'émerveiller d'être là...
Une année pour s'aimer, mais oui,
une année pour se laisser aimer,
une année pour être aimé,
une année pour aimer...
Une année pour semer la vie,
une année pour entretenir la vie,
une année pour accueillir et cueillir la vie,
une année pour aimer la vie...
Une année pour se laisser bousculer,
une année pour pleurer, pour rire,
une année pour peindre, pour sculpter,
une année pour danser, pour chanter,
une année pour exprimer son chant de vie...
Une année pour avancer sur son chemin
une année pour prendre une main
une année pour tendre sa main
une année pour, ensemble, aimer la terre...
Une année comme nous la vivrons,
reliés au meilleur de nous-même,
attentifs à la magie de l'instant,
ouverts à la vie toujours nouvelle...
Une année,
mon année,
ton année,
votre année,
notre année...
BONNE ANNEE 2008 !
Marie-Odile Cadé
Publié le 10/12/2007 à 12:00 par jojolepetitsavoyard
"
Qui sait si l'inconnu qui dort sous l'arche immense
Mêlant sa gloire épique aux orgueils du passé,
N'est pas cet étranger devenu fils de France
Non par le sang reçu mais par le sang versé ?
Pascal Bonetti
Publié le 21/10/2007 à 12:00 par jojolepetitsavoyard
Comme on me l'a demandé voici un très beau poème attribué soit à St Augustin, soit à Péguy.
NE PLEUREZ PAS
Ne pleurez pas si vous m'aimez.
Je suis seulement passé dans la pièce à côté.
Je suis moi, vous êtes vous,
Ce que nous étions pour les autres, nous le sommes toujours.
Donnez moi le nom que vous m'avez donné,
Parlez moi comme vous l'avez toujours fait.
N'employez pas un ton différent, ne prenez pas un air solennel et triste.
Continuez à rire de ce qui nous faisait rire ensemble.
Priez, souriez, pensez à moi, priez pour moi.
Que mon nom soit prononcé comme il l'a toujours été,
Sans emphase d'aucune sorte, sans une trace d'ombre.
La vie signifie tout ce qu'elle a toujours signifié.
Elle est ce qu'elle a toujours été. Le fil n'est pas coupé.
Pourquoi serais-je hors de votre pensée
simplement parce que je suis hors de votre vue?
Je vous attends. Je ne suis pas loin,
Juste de l'autre côté du chemin.
Bon voyage, tout est bien.
Publié le 06/10/2007 à 12:00 par jojolepetitsavoyard
"Ne vis pas sur cette terre
A la façon d'un locataire
Ou bien comme en villégiature
Dans la Nature.
Vis dans ce monde
Comme si c'était la maison de ton père.
Crois aux grains,
A la terre, à la mer,
Mais avant tout à
l'homme.
Aime le nuage, la machine, le livre.
Mais avant tout aime l'homme.
Sens la tristesse
De la branche qui se dessèche
De la planète qui s'éteint
De l'animal infirme.
Mais avant tout sens la tristesse de
l'homme.
Que tous les biens terrestres
Te prodiguent la joie,
Que l'ombre et la clarté
Te prodiguent la joie,
Que les quatre saisons
Te prodiguent la joie,
Mais avant tout que l'homme
Te prodigue la joie."
Nazim HIKMET